Le soleil revient à sa place, j'rassemble les morceaux d'ma tête, ma tête qui flotte à la surface, du lendemain de cette fête. Au comptoir d'une aurore bancale, je trinque à la santé d'personne, une goutte de rosé matinale, elle gifle ma gorge frissonne. J'ai froid et je n'en mène pas large, dans ma chemise de nuit blanche, ces batailles et ces dérapages, et le rouge à lèvres sur ma manche...
J'ai déchiré ma mémoire, ma gueule, une photo de toi..
Ma langue souillée dans la débauche, patauge dans une écume pâteuse, et l'arrière-goût qui la chevauche empeste mon haleine brumeuse. De mon sexe vagabond l'odeur de celui d'une femme, échapant un parfum brouillon, je pisse contre un mur de Paname. J'ai encore couché au hasard, de l'autre côté de la frontière, entre le rêve et le cauchemar, avec une chatte de gouttière...
J'ai déchiré ma mémoire, ma gueule, une photo de toi..
Elle traîne sur le trottoir, le balayeur balayera...
J'ai traversé tout Paris, mes mains lourdes comme des valises, et la porte de choisie s'ouvre sur une banlieue grise. Boulevard de Stalingrad-Vitry, ma tanière grogne là-bas, plus que trois étages et mon lit, mon vieux berceau de gueule de bois. J'croise le facteur au rez-de-chaussée, j'lui dit bonsoir il m'dit bonjour, j'lui demande s'il y a du courrier, le courrier j'y pense toujours...
J'ai déchiré ma mémoire, ma gueule, une photo de toi..
Elle traîne sur le trottoir, le balayeur balayera...
J'ai déchiré ma mémoire, le balayeur balayera...